Le motu proprio paru la semaine passée relance le débat des traductions du missel romain. On peut être inquiet quant à la suite. Il y a dans les documents romains sur ce thème deux logiques qui s'affrontent: celle de la fidélité à l'original latin et celle des variétés légitimes, selon les langues et les cultures particulières. Il y a des évêques qui vont dans un sens et d'autres dans l'autre. Une chose dès lors est possible et souhaitable. C'est que l'on puisse avoir la même chose que ce que l'on a eu pour le rituel des sacrements ou des funérailles: un choix laissé au prêtre entre plusieurs formules ou oraisons, l'une d'elles étant l'oraison ou la formule romaines. Dans le contexte actuel, ce serait ainsi le moindre mal et cela pourrait satisfaire les commuautés monastiques, soucieuses d'une liturgie traditionnelle, dans la forme ordinaire. On laisse bien le choix au célébrant entre le canon romain et les nouvelles prières eucharistiques. Que l'Esprit Saint éclaire et guide nos évêques!
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mardi 19 septembre 2017
lundi 18 septembre 2017
Homélie lors d'une messe pour la paix
Le samedi 12 août 2017, j'ai célébré une messe pour la paix, à l'abbaye cistercienne de Castagniers (Alpes maritimes). Voici l'homélie:
Nous sommes en 2017, année du centenaire des apparitions de Fatima, au cours desquelles Notre-Dame a fait cette promesse qu'après les épreuves que nous sommes en train de traverser, un temps de paix serait donné au monde. Notre-Dame nous a demandé de prier le rosaire pour la paix du monde et pour la conversion des pécheurs. Les deux sont liés. La paix n'existe pas dans le monde parce qu'elle n'existe pas dans les coeurs, comme le disait le pape Benoît XV à l'issue de la première guerre mondiale. L'ange avait appris aux trois pastoureaux de Fatima cette petite prière: Mon Dieu, je crois, j'adore, j'espère et je vous aime. Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, n'adorent pas , n'espèrent pas et ne vous aiment pas.
La liturgie et les migrants, article
La
liturgie et les migrants
Considérations
chrétiennes sur le devoir d'hospitalité
La
question des migrants est à l'ordre du jour et suscite des débats
passionnés. Sur ce sujet comme sur d'autres, l’Église tient les
deux bouts de la corde : accueil de l'étranger et nécessité
aussi de sauvegarder le bien commun du pays qui accueille.
L’Évangile
nous demande d'accueillir l'étranger, le voyageur, le pèlerin, et
d'une manière générale toute personne en difficulté et qui a
besoin de notre aide. Notre maison doit être ouverte à toute
détresse. Notre devoir vis-à-vis des migrants qui viennent chercher
refuge chez nous doit être une attitude de sympathie, d'estime,
d'ouverture.
Toutefois,
si l'hospitalité est sacrée, et l'orient là-dessus nous donne
souvent un témoignage émouvant (car on sait se mettre là-bas dans
la gêne pour accueillir à l'improviste qui que ce soit), il existe
aussi ce que les orientaux appellent l'abus de l'hospitalité.
Lorsque la personne accueillie ne respecte pas certaines règles,
alors on a le droit, voire le devoir, de la mettre dehors. La bonté
ne doit pas se transformer en bêtise.
dimanche 17 septembre 2017
Conférence de l'abbé de Fontgombault fin
Les gestes
Alors que l’on vient de souligner l’aspect contemplatif de la forme extraordinaire, il peut sembler paradoxal de s’arrêter maintenant à la place du corps, sollicité par tant de gestes : génuflexions, inclinations, signes de Croix. La liturgie est une action !
Remarquons que la journée monastique associe elle aussi largement le corps à la prière, dans une liturgie qui s’étend du matin au soir.
Le monde, pourtant si actif, s’est accommodé d’une dépréciation du geste accentuée par les moyens modernes de communication. De façon paradoxale, l’homme moderne bouge, s’active davantage, mais pose moins de gestes. La réforme liturgique avait comme anticipé ce phénomène de société. À l’inverse, comment ne pas remarquer l’importance que le Seigneur accorde aux gestes tant dans ses miracles que dans ses rapports aux autres (« Qui m’a touché ? » dit-il à l’adresse de la femme atteinte d’un flux de sang (Lc 8,45)) La foi du prêtre, celle des fidèles, gagnent à la présence des signes sensibles, accomplis en vérité, pour être stimulée, attentive, présente. (cf St Thomas d’Aquin, Summa Theologica, IIIa Q.85, a.3).
Conférence de l'abbé de Fontgombault suite 2
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| Office de la proscomédie dans le rite byzantin |
En second lieu, remarquons que le missel de 1962, comme les autres rites antérieurs à la réforme liturgique, n’a pas peur des redites, des doublets, des insistances. Il prend son temps, parce que l’homme a besoin de temps, sollicitant sans relâche un esprit vagabond pour le ramener à l’essentiel.
L’Évangile nous apprend que la Vierge Marie méditait, gardait fidèlement en son cœur (cf. Lc 2,19;51) les événements qui marquèrent la naissance de son Fils. Il doit en être de même du contemplatif, du moine : non multa sed multum, non pas la quantité, mais la qualité.
Amie de la tradition monastique, Hélène Lubienska de Lenval (1895-1972) prônait une pédagogie fondée essentiellement sur le silence et les rites. Elle écrivait :
» La liturgie est lente : elle aime la minutie, les redites et les préparatifs interminables. Elle tient son rythme de la pédagogie divine qui a modelé le peuple élu au moyen d’un rituel lent et minutieux. Lorsque, sous la pression de la vie moderne (frénétique parce que inféodée à la matière), elle se hâte, elle perd son efficacité psychologique et devient formelle… Elle reste opérante là où elle garde son rythme propre, chez les moines. La liturgie combat ensemble la lourdeur des muscles et l’impatience des nerfs ; elle impose en même temps le mouvement et la lenteur. Et c’est par la lenteur que la liturgie domine le temps. Parce que temps et matière sont corrélatifs et que l’on ne peut vaincre l’un sans l’autre. L’homme moderne va en sens inverse et tâche de déjouer le temps au moyen de la vitesse. Hélas ! loin de maîtriser la matière, il s’y enlise. »
Ajoutons une réflexion à propos du lectionnaire du missel de 1962 jugé pauvre. L’enrichissement abondant de la lecture de la Sainte Écriture issu de la réforme liturgique, la longueur de certaines péricopes, ne nuiraient-ils pas à la contemplation ? Certes, les laïcs qui ont de moins en moins de temps à consacrer à la lectio divina, peut-être même les prêtres séculiers, écrasés par le ministère, en tirent profit. Pour les moines, l’abondance et la variété des lectures, goûtées par certains et sûrement non sans valeur, apparaissent plutôt généralement comme excessives. Ce parti pris sacrifie la répétition de péricopes relues, ruminées, connues par cœur, jamais épuisées. La multiplication des Préfaces pourrait susciter la même réflexion. Le cardinal Ratzinger a évoqué sagement « quelques nouvelles préfaces… un Lectionnaire élargi – un plus grand choix qu’avant, mais pas trop – » qui pourraient être adoptées dans la forme extraordinaire : non multa sed multum. La sobriété invite à la contemplation.
Mon commentaire: Dans les rites orientaux qui ignorent le silence, à la différence du rite latin, c'est la répétition des formules qui favorisent l'intériorisation et le recueillement. Quand on répète de nombreuses fois la même chose, l'âme fint par être habitée par la prière. Chez nous le silence existe pour intérioriser une prière qui est plutôt marquée par la discrétion et la sobriété.
L’offertoire
Parmi les richesses du missel de 1962, beaucoup soulignent la profondeur des prières de l’offertoire : « Il est, affirme le cardinal Robert Sarah, ce moment où, comme son nom l’indique, tout le peuple chrétien s’offre, non pas à côté du Christ, mais en lui, par son sacrifice qui sera réalisé à la consécration » (ibid p. 210).
Suscipe sancte Pater…quam ego indignus famulus tuus… In spiritu humilitatis et animo contrito… Grandeur du mystère, du sacré, et humble condition du serviteur dont le Seigneur veut avoir besoin, se côtoient. Il en sera ainsi jusqu’au Placeat final : sacrificium quod oculis tuae majestatis indignus obtuli.
Mon commentaire: L'offertoire est un point faible de la liturgie actuelle. Le caractère sacrificiel de la messe est moins mis en valeur. Pourquoi ne pas introduire les formules de l'offertoire traditionnel dans la forme ordinaire? Dans la liturgie de saint Jean Chrysostome, le caractère sacrificiel est particulièrement mis en valeur, notamment dans le rite de la proscomédie, que le prêtre célèbre sur un autel latéral, avant la liturgie publique, et qui est un véritable offertoire, avec des prières émouvantes, qui évoquent la passion du Seigneur. De même, de nombreuses prières dites par le prêtre dans le cours de la célébration insistent sur cet aspect.
à suivre
Conférence de l'abbé de Fontgombault suite 1
| Iconostase à Moscou |
Mon commentaire: Il y a en effet dans le nouveau missel un enrichissement au niveau des préfaces. La prière universelle est elle aussi une bonne chose, à condition de ne pas se transformer en un bulletin d'actualité ou de ne pas verser dans l'émotionnel. La litanie ardente de la liturgie de saint Jean Chrysostome, après l'évangile, permet des variantes selon les besoins et les intentions du moment. Pour les prêtres qui célèbrent selon les deux missels, un calendrier commun serait préférable. Pourquoi par exemple ne pas rétablir les quatre-temps dans le forme ordinaire?
Une conférence intéressante de l'abbé de Fontgombault
Le 14 septembre 2017, Dom Jean Pateau, abbé de Fontgombault, a donné à Rome une conférence sur les fruits de grâce pour la vie monastique et sacerdotale du motu proprio Summorum Pontificum. Je la reproduis ici, avec en italiques, mes commentaires personnels, qui sont ceux d'un moine qui assiste souvent à la liturgie byzantine de Saint Jean Chrysostome.
Dans le domaine délicat de la liturgie où les susceptibilités sont en éveil, le sujet de cet entretien comporte un avantage. Dégagé de toute idéologie, il se veut résolument pragmatique. Le paysan, alors qu’il sème une graine, peut avoir une idéologie… quand il récolte, il n’en va plus de même. L’idéologie au contact du réel, de la nature, a contribué à la naissance d’un fruit. Un fruit qu’il peut cueillir ; un fruit qui peut être beau, maigre, parfois absent.
Il y a 10 ans, le Pape Benoît XVI a réalisé un projet mûri dès les premiers temps de sa charge de préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi : redonner un statut officiel au Missel de 1962 à travers la promulgation du motu proprio Summorum Pontificum.
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